Edition du mardi 24 avril 2018

Apologie de « La petite famille »

Dans son nouveau roman, Sophie Avon raconte la vie d’un ménage qui aurait pu être idéal.

La Petite Famille de Sophie Avon

La Petite Famille de Sophie Avon

Elle est « un peu spéciale », « La petite famille », qui s‘est composée en toute liberté dans le roman de Sophie Avon. Trois adultes et un enfant, le temps d’une parenthèse enchantée. Camille la Française a séduit Ron, le bel Hollandais, les jeunes gens vivent à Amsterdam, lui bosse ses études de droit, elle fabrique et vend des bijoux. Camille voulait « tout : l’amour, le mariage, une famille », et elle se débrouille pour avoir ce tout. La vie de couple avec son amoureux, la plénitude d’une grossesse désirée, et un bel enfant, le petit Sacha. Pas prévu au programme, ce gros baby blues qui grisaille sa vie rêvée en rose.
C’est un soir de septembre que Nina, son amie d’enfance, les rejoint à Amsterdam, cette ville où, l’hiver, « la joie collective efface la rigueur du climat ». Nina est un rayon de soleil qui se répand dans le foyer douillet, cet appartement où elle n’est d’abord que de passage, et où finalement elle s’installe. Complices, Camille et Nina se retrouvent comme à l’insouciant temps de leur adolescence. La vie est « en suspension, légère », mais « rien ne se passe comme prévu ».

Le pressentiment d’une tragédie

Témoin plus ou moins impuissant du couple qui se délite, Nina trouve sa place dans ce ménage à trois plus un, dans « une idéale répartition des rôles et des tâches ». Camille a eu tout ce qu’elle voulait, mais elle cache toujours « ce quelque chose abîmé en elle », que Nina ne parvient pas à réparer. Et au détour d’une petite phrase, le questionnement d’un commissaire, on pressent une tragédie à venir.
Critique de cinéma à « Sud-Ouest » et au « Masque et la Plume » (France Inter), Sophie Avon est l’auteur d’une douzaine de livres, des histoires intimes toujours, nostalgiques parfois, mélancoliques souvent. Dans certains (« Ce que dit Lili », « Les belles années », « Les amoureux »…) on a suivi les histoires de Lili, son double, l’enfance, la jeunesse…
Dans celui-ci, les personnages sont encore à l’âge des possibles, la romancière raconte le temps qui passe, les feuilles qui tombent, les saisons, la pluie, la chaleur, les sons, la lourdeur de l’air, les odeurs (celles qui montent de la boulangerie du rez-de-chaussée)… et la vie au jour le jour de cette attachante « Petite famille ».

Patrick TARDIT

« La petite famille », un roman de Sophie Avon (Editions Mercure de France/14,80€).