Jean Dujardin : « Je suis un acteur de corps »

Le comédien forme un beau duo de comédie avec Mélanie Laurent dans « Le retour du héros ». Du Bébel chez Jane Austen.

"Mélanie Laurent est très drôle naturellement", assure Jean Dujardin.
“Mélanie Laurent est très drôle naturellement”, assure Jean Dujardin.

Dans « Un homme à la hauteur », Laurent Tirard avait fait de Jean Dujardin un tout p’tit bonhomme. Dans son nouveau film, « Le retour du héros » (sortie le 14 février), le réalisateur lui donne de la grandeur, un rôle flamboyant, un personnage excessif, confronté à son inverse, une jeune femme indépendante et discrète, jouée par Mélanie Laurent.

« Le retour du héros », c’est du Bébel chez Jane Austen. Une comédie d’aventures et en costumes, un joyeux vaudeville à l’époque napoléonienne. « Des comédies, je n’ai fait que ça pour l’instant, et curieusement quand on regarde ma filmographie, sur les sept films que j’ai faits, il y en a cinq en costumes », précise Laurent Tirard, qui avait déjà signé « Le Petit Nicolas », « Astérix et Obélix au service de sa majesté », « Molière »… avec son complice d’écriture Grégoire Vigneron.

« Une héroïne plus moderne, plus active »

« Quand on s’est parlé la première fois avec Jean Dujardin, il y avait cette envie de renouer avec ce genre de cinéma qu’on a tant aimé, qui nous a donné l’envie de faire du cinéma, les films de De Broca, de Rappeneau, Les Mariés de l’an II bien sûr, c’est une référence évidente… et en même temps sans chercher à refaire du vieux, bien au contraire », ajoute le réalisateur.

Dujardin joue ainsi un fier capitaine qui, à peine fait sa demande en mariage à une jeune fille de bonne famille (Noémie Merlant), doit partir à la guerre dans l’armée de Napoléon. Promis, il écrira à la belle. Des promesses, toujours des promesses. De lettres, point. Sans nouvelles, la fiancée dépérit. Pour le bien de sa sœur, Elisabeth (Mélanie Laurent) écrit alors de fausses lettres, signées du brave capitaine, à qui elle invente moult exploits. « J’aime beaucoup ces personnages féminins forts, comme dans les romans de Jane Austen, dans Raisons et Sentiments notamment, je voulais qu’Elisabeth soit un de ces personnages forts », dit Laurent Tirard, « Quand on regarde les comédies d’aventure des années 60-70, les hommes sont souvent plus mis en valeur, et là j’avais envie d’une héroïne plus moderne, plus active ».

Le hussard est un froussard

Elle est si active, Elisabeth, qu’elle invente une glorieuse légende au capitaine disparu, avant de le « tuer » par écrit. Mais même pas mort, il revient : en fait, le hussard est un froussard et le héros un zéro. Déserteur et imposteur, le capitaine d’opérette rentre dans le costume si bien taillé par une autre ; d’un sourire enjôleur, il séduit ces dames et escroque ces messieurs. « On voit qu’il y a toujours des conséquences quand on ment », dit Laurent Tirard, « C’est un personnage, comme tous les escrocs, qui fait fantasmer, on rêve tous d‘être transgressif ».

Renouant avec la tradition des films en costumes, « Le retour du héros » est un vrai divertissement de qualité, bien écrit, bien filmé, et bien joué par le duo Dujardin-Laurent qui s’amuse et nous amuse. Avec en prime quelques thèmes bien d’aujourd’hui (les financiers escrocs, la parité homme-femme…) dans un décor d’avant-hier.

Patrick TARDIT

« Le retour du héros », un film de Laurent Tirard, avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent (sortie le 14 février).

Jean Dujardin : « C’est très agréable de surjouer »

Jean Dujardin : "J'aime me fondre dans un univers".
Jean Dujardin : “J’aime me fondre dans un univers”.

On connait votre admiration pour Belmondo, et dans votre filmographie « Le retour du héros » est certainement celui qui ressemble le plus à un film à la Bébel…

Jean Dujardin : Effectivement, avec Laurent Tirard on a biberonné à ça. Jean-Paul dit souvent : Jean s’inspire, il ne copie pas ; au moins, c’est bon, je suis adoubé par Jean-Paul, mais c’est vrai qu’on a cette nostalgie, on a envie de retourner là-dedans, oui j’ai envie de faire des films que j’ai envie de voir, comme Laurent a envie de réaliser des films qu’il a envie de voir. Il se trouve que c’est ces films-là, des films des années 70. Quand on me parle de Jean-Paul, la filiation existe beaucoup par le plaisir, c’est ce qui nous réunit ; c’est vrai que là pour le coup, il y a peu tout ce que j’aime faire dans la comédie, je n’aime pas que ça, j’ai montré plusieurs facettes, mais il se trouve qu’à chaque fois on me reparle de celle-là, et c’est peut-être là-dedans que je m’exprime le mieux, en tout cas c’est là que je fais le plus de variations. C’est ce que j’aime dans cette comédie, je la trouve fine, élégante, bien écrite, pas du tout vieillotte pour le coup, et très originale dans le paysage des comédies en ce moment. Dans le film, il y a des variations, je ne suis pas tout le temps dans la comédie, et je ne suis pas tout seul, ça se joue vraiment à deux, c’est vraiment un film avec Mélanie.

Justement, c’est la première vraie comédie de Mélanie Laurent, vous l’avez un peu guidée dans le jeu ?

Elle me demandait parfois comment je ressentais les choses, mais elle a un très bon instinct, elle est très drôle naturellement, on dirait une Deneuve de l’époque Rappeneau, on n’a pas grand-chose à lui dire, elle apprend très vite. Je pense qu’elle ne se faisait pas trop confiance, mais l’outil était déjà là, je n’ai rien à lui apprendre. Si on reste dans le jeu de l’autre, a priori on peut s’amuser, ce qu’on a fait, beaucoup ; quand on arrive à la frontière du fou rire, c’est plutôt bon signe, on s’amuse et on sent qu’on s’amuse.

Votre personnage cumule, il est menteur, baratineur, imposteur…

C’est un homme, quoi. Enfin tel qu’on nous voit en ce moment.

« J’ai 45 ans et je n’ai pas de temps à perdre »

Dans le film, on dit que ce sont les circonstances qui font les héros, qu’en pensez-vous ?

Il y a des terrains plus ou moins propices à l’héroïsme, je pense. Théoriquement, on adorerait se dire oui moi j’irai, qu’est-ce que j’aurais fait pendant la Résistance, j’aurais dégonflé des pneus, servi du rat à la kommandantur, il est où mon seuil de résistance, il est où mon seuil d’héroïsme, comment je m’évalue ? Moi j’en sais rien, j’aime bien l’idée de me dire j’ai du courage, je préfère me dire : ais du courage et tu seras plus heureux…

Le cheval, la danse, les armes… c’est un rôle physique, mais vous aimez bien ça ?

Oui, je suis un acteur de corps, j’ai commencé par l’être peut-être par manque d’expérience, j’ai compensé par le corps, j’aime beaucoup passer par l’apprentissage du corps, faire du cheval, faire de la danse, et y mettre un beau texte en plus, il y a le fond et la forme, du coup je suis gâté. Si c’est une contrainte, ça demande un peu plus de travail, et puis quand il y a du plaisir, pour le coup le travail on ne le sent plus, c’est ça que je recherche à chaque fois.

Vous aimez bien aussi surjouer, comme avec Brice ou OSS ?

En fait, le surjeu ne me dérange pas dès lors qu’il est sincère, j’ai toujours le sentiment de l’être en tout cas, même quand je surjoue, c’est très agréable de surjouer, c’est très libérateur. Je sais que ce n’est pas très bien de le faire, j’ai toujours le sentiment d’être dans une cour d’école au cinéma, avec des pions qui nous regardent jouer et nous disent : Va pas trop loin que je te vois jouer. Je ne suis pas un rebelle mais plus on me dit il faut pas, et plus j’ai envie d’y aller. J’ai 45 ans et je n’ai pas de temps à perdre, et pas grand-monde à écouter, à part mes envies ; je veux bien qu’on critique mes films, mais je ne veux pas qu’on critique mes choix. Que ce soit Brice, OSS, tous les cons, les pénibles, il faut passer par l’enfance pour les racheter et pour que vous les aimiez. On pardonne souvent à un enfant, ou à une espèce de grand garçon qui est en train de faire le con.

« Je me vois comme un mec assez sage »

Vous votez aux Oscars depuis que vous avez obtenu celui du meilleur acteur pour « The Artist » ?

Non, je ne vote pas, je ne vote jamais, ni aux Césars d’ailleurs ; ça me fait toujours rire ces trucs-là, ce n’est pas une posture, je suis un peu basique avec les prix, je les comprends chez les sportifs, je les comprends moins chez les artistes. Imaginer qu’on puisse être le meilleur, c’est très flatteur mais on n’est pas le meilleur, on est juste dans un film qui a suscité le plus d’engouement, je ne sais pas trop ce que ça veut dire ; ça m’est arrivé, je l’ai vécu, super, mais je n’arrive même pas à l’associer à mon métier.

Après de « gros » films, vous tentez des expériences en tournant avec Kervern et Delépine, puis Quentin Dupieux ?

Je suis dans mon année exploration. Kervern et Delépine, on s’était rencontrés en 2012 à Cannes et on s’était tapé dans la main en se disant qu’un jour on ferait quelque chose, et ils ont tenu leur promesse ; ils m’ont écrit un beau personnage, je suis très content de cet objet. Chez Dupieux, je pense que je vais jouer avec des trucs un peu bizarres.

Qu’est-ce qui vous attire chez ces cinéastes ?

Ce sont des gens qui ont des idées, des univers, je suis là pour me fondre et rentrer dans leur univers, c’est ce que j’aime. Quand Laurent Tirard me propose une belle salle de jeux comme Le retour du héros, je dis oui évidemment, c’est enthousiasmant, une fois de plus c’est quelque chose que je n’ai pas fait. Un acteur me disait récemment que, dans le métier, j’étais vu comme un fou, un mec qui fait des trucs très différents, alors que moi je me vois comme un mec assez sage. J’ai le sentiment que c’est le métier d’un acteur d’essayer plusieurs choses, je ne sais pas si je sais tout faire, j’ai envie d’essayer, des fois on se plante, des fois c’est pas bien, ça grince, des fois on se précipite un peu, mais je l’ai toujours fait, que ce soit chez Blier, chez Nicole Garcia, c’est ce qui est formidable, s’adapter, toujours s’adapter, il y a forcément une issue.

Avec ces projets, votre réputation de fou ne va pas s’arranger…

Elle ne va pas du tout s’arranger, mais c’est ce que je cherche.

Propos recueillis par Patrick TARDIT

Le réalisateur Laurent Tirard et Jean Dujardin, lors de l'avant-première du "Retour du héros" à Nancy. "Avec Laurent, on a biberonné aux même films", confie l'acteur.
Le réalisateur Laurent Tirard et Jean Dujardin, lors de l’avant-première du “Retour du héros” à Nancy. “Avec Laurent, on a biberonné aux même films”, confie l’acteur.


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