Edition du mercredi 23 mai 2018

Jeff Tuche président !

« Liberté, Egalité, Fraternituche » : « C’est du divertissement », rappelle Olivier Baroux, le réalisateur de la saga populaire. Cette fois la famille terrible s’installe à l’Elysée.

C'est la famille au grand complet qui débarque au palais présidentiel.

C’est la famille au grand complet qui débarque au palais présidentiel.

Un président venu de nulle part, avec une touffe de cheveux orange… Toute ressemblance avec des personnages existants est tentante, pourtant le réalisateur Olivier Baroux le jure : « On avait écrit avant Trump et avant Macron ». Rien à voir avec ces messieurs, donc, si dans « Les Tuche 3 » (sortie le 31 janvier) Jeff est élu Président de la République française à l’insu de son plein gré.

Inspirée à l’origine d’un reportage de l’émission belge « Strip Tease », la famille Tuche a déjà sa trilogie. Dans le premier film, les gagnants du loto allaient mener la belle vie à Monaco : 1,6 million d’entrées en 2011. Lorsqu’il est diffusé un dimanche soir de février 2014 sur TF1, le film est vu par 8,3 millions de téléspectateurs, ce qui convainc l’équipe à lancer une suite. Deux ans plus tard, « Les Tuche 1 » recartonnent un dimanche soir sur TF1 (8,5 millions de téléspectateurs), lors de la sortie du « Tuche 2 » au cinéma, qui sera le plus gros succès français en salles en 2016 (4,5 millions d’entrées). « Franchement, ça nous dépasse un peu, c’est dingue », confie Olivier Baroux, surpris par cet effet Tuche, « C’est devenu un rendez-vous important, familial, les gens veulent les voir grandir ».

« Ce n’est pas un film politique, ça reste un conte »

Dans le 3, c’est carrément au Palais de l’Elysée que s’installe la famille de prolos aux mauvaises manières, Jeff mister president (Jean-Paul Rouve), Cathy sa chicorée (Isabelle Nanty), Mamie Suze punk (impayable Claire Nadeau), Wilfried le simplet, Stéphanie la midinette, Donald le surdoué dit Coin-coin. Evidemment, ça décoiffe : en bermuda et marcel, banane autour de la taille, grosse chaîne en or au cou, Jeff tond la pelouse, lave sa Nevada dans la cour, fuit le Conseil des ministres, tandis que sa Cathy apprend au chef à faire de bonnes frites.

« On sort les Tuche de leur bocal, on les met à l’Elysée, et on essaie de rire avec eux pendant une heure et demie, on n’a pas d’autres prétentions », assure Olivier Baroux, « On n’a pas tourné à l’Elysée, on aurait gêné la présidence et la présidence nous aurait gêné, ce n’était pas possible ». Son ambition : « Parler de la France d’aujourd’hui, à travers le regard d’un mec dont on peut penser qu’il est beauf et finalement non, il est très moderne ».

Même s’il faut parfois s’accrocher pour suivre « la pensée de Jeff Tuche » : « C’est un bon mec, il aime les gens », dit Jean-Paul Rouve , « Les Tuche, c’est un peu des enfants, ils sont au premier degré, on ne se moque pas, c’est important de rire avec, Intouchables rit avec les handicapés, il n’y a pas de jugement et j’aime bien ça ».

Jeff gouverne la France à sa façon, d’ailleurs son ennemi à lui aussi, c’est la finance. Pas comme l’autre vrai président aux cheveux orange. « Je pense que Donald Trump, en travaillant un peu, pourrait obtenir la coupe de cheveux de Jeff Tuche », s’amuse le réalisateur, « Le seul point commun, c’est la surprise et le refus d’être président, Donald Trump quand il a su qu’il allait être président était au bord de l’évanouissement. Il y en a un qui est assez humaniste et l’autre qui est indéfinissable ».

Bien sûr, toute ressemblance avec la vie politique française n’est pas non plus fortuite. « On a la chance de travailler avec des gens qui connaissent bien la politique, pour avoir participé de nombreuses années aux Guignols de l’Info, Philippe Mechelen et Julien Hervé », précise Baroux, « Il ne fallait pas tomber dans le populisme, ce n’est pas un film politique, même si on glisse quelques convictions personnelles sur les aspects dangereux de certains partis, les extrêmes en général, ça reste un conte, une fable, utopique, poétique, c’est tout, c’est du divertissement. On est là pour se marrer, et quand on met une claque au Front national, on y va, c’est nos convictions, nos idées ».

« Si on fait une suite, on va se recentrer sur la famille »

Olivier Baroux : "Il ne fallait pas tomber dans le populisme".

Olivier Baroux : « Il ne fallait pas tomber dans le populisme ».

Tandis qu’Olivier Baroux s’amuse avec la politique, son complice Kad Merad incarne très sérieusement un politicien dans « Baron Noir », dont la deuxième saison est diffusée sur Canal+. « Je trouve cette série formidable et qu’il est exceptionnel dedans », dit Baroux. Un autre qui s’est installé à l’Elysée, c’est l’acteur Scali Delpeyrat, secrétaire général dans « Baron Noir », il joue aussi le Premier ministre de Jeff Tuche : « Il crédibilise l’aspect sérieux de la politique de l’Elysée, le protocole, l’hypocrisie, les luttes de pouvoir… », ajoute Olivier Baroux.

« Intouchables », Dany Boon, Astérix, « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?», « Aladin », « Les Profs », « Les Tuche »… les derniers succès du cinéma français sont tous des comédies : « Je pense qu’on a un public un peu différent du public habituel », analyse Olivier Baroux, « Tout ce public qui va voir Les Tuche, Camping, La ch’tite famille… sont des gens qui vont rarement au cinéma, une fois ou deux par an, ils ne veulent pas rater leur sortie. Et tant mieux si ça fait des entrées, ça rapporte de l’argent au cinéma français, à travers les taxes, au CNC, ça permet d’aider des films plus fragiles, tant mieux si on est les locomotives en termes de financement de plein d’autres films, ça augmente la part du cinéma français par rapport au cinéma américain ».

On peut donc logiquement s’attendre à un « Tuche 4 » : « On a envie, mais pas tout de suite, il faut qu’on ait la bonne idée ; si on fait une suite, ce qui à mon avis va être le cas, on va se recentrer sur la famille, mais on va faire d’autres films avant », confie Olivier Baroux. Qui va retrouver son pote Kad Merad pour « Just a gigolo », remake d’un film américain : « C’est l’histoire d’un mec qui a toujours été gigolo depuis l’âge de vingt-cinq ans, qui se retrouve à la rue, jeté, et qui va devoir rebondir et tenter de retrouver une dame âgée qui va s’occuper de lui ; mais il a 50 ans, il n’est plus aussi beau, c’est Kad Merad aujourd’hui », sourit Baroux.

Patrick TARDIT

« Les Tuche 3 », un film d’Olivier Baroux (sortie le 31 janvier).

Isabelle Nanty : « L’accent meusien m’aide beaucoup pour Cathy Tuche »

Isabelle Nanty : "Les Tuche, ce sont des êtres immuables, ils n'ont pas oublié l'enfant en eux".

Isabelle Nanty : « Les Tuche, ce sont des êtres immuables, ils n’ont pas oublié l’enfant en eux ».

Vous aviez imaginé Cathy Tuche en Première dame de France ?

Isabelle Nanty : Non, et je pense que Cathy Tuche ne le vit pas comme ça, les Tuche ce sont des êtres immuables, ce qui les caractérise c’est qu’ils n’ont pas oublié l’enfant qui était en eux, où qu’ils aillent c’est l’enfant qui est là, et donc c’est l’émerveillement dans un premier temps, puis la logique, puis la vie. Ce 3 est intéressant parce qu’il n’est pas démagogique, pas populiste, pas donneur de leçons, et en même temps totalement surréaliste, absurde.

Cathy Tuche n’a pas changé depuis le premier film ?

Si, elle a vieilli, comme moi, elle a eu des soucis, comme moi, elle s’est inquiétée pour son fils, pour sa fille… C’est comme un enfant, on est des enfants dans des corps d’adultes, on est à l’affut, émerveillés. Pour nous, acteurs et observateurs de ces Tuche, c’est se mettre dans un état d’esprit comme si nous tous étions restés l’enfant qu’on était. Ils n’ont pas besoin de grand-chose et quand elle arrive à l’Elysée elle voit le côté pratique. Jean-Paul Rouve et moi, on s’est racontés un passé douloureux pour ces personnages, traumatisés, on s’est aussi raconté que le fait qu’ils se soient rencontrés tous les deux les aient sauvés, leur salut a été dans ce couple indéfectible, l’amour de la famille, et le respect des choix que prennent leurs enfants.

« Moi je ne me trouve pas drôle »

Est-ce le personnage dans lequel vous avez mis le plus d’accent lorrain ?

Il y a eu Christiane Potin, dans « Fais pas ci, fais pas ça », qui au tout début avait l’accent alsacien ; dans la saison d’après, ce n’était plus les mêmes auteurs, et les nouveaux ne savaient pas écrire dans ce rythme, un accent c’est le paysage dans lequel on vit, c’était plus plat, plus grumeux, plus humide, donc c’est devenu un accent meusien. Mais comme Christiane Potin c’est une hystérique, une mythomane, et une nymphomane, j’ai le même accent mais je ne suis pas la même personne, du tout. Là où l’accent meusien m’aide beaucoup pour Cathy Tuche, c’est que ça me remet dans des parfums d’enfance, c’est mon accent d’origine, l’accent que j’avais quand je suis arrivée à Paris à dix-huit ans, j’avais cet accent-là et un cheveu sur la langue, ma prof de théâtre m’a dit : C’est un peu beaucoup. J’ai d’abord enlevé le cheveu, et puis petit à petit en habitant à Paris, j’ai perdu l’accent, mais dès que je retourne dans la Meuse, je l’ai, c’est incroyââble !

Ces dernières années, on vous a vue essentiellement dans des comédies, « Les Tuche », « Les Profs », « Fais pas ci… », c’est un choix de votre part ?

Non, je fais ce qu’on me demande. Pourquoi on ne me propose que des comédies ? Nous les acteurs, comédie ou drame, ça ne nous regarde pas, ce n’est pas nous les metteurs en scène. Moi je ne me trouve pas drôle, le public aime bien les gens drôles mais dans le métier ce n’est pas une valeur. Enfant, j’admirais Jeanne d’Arc, Louise Michel, et quelques figures de mon village ; quand on m’amène un personnage comme Gladys, la prof d’anglais, j’essaie d’imaginer son portrait dans un cadre, quel personnage historique ce serait, j’essaie de lui donner cette dimension-là.

« Je vais garder mon énergie pour moi et ma fille

Vous avez fait beaucoup de mise en scène de spectacles et de théâtre, vous avez des projets ?

Non, j’arrête la mise en scène pour un grand temps, parce que l’énergie que me demande une mise en scène c’est l’exacte énergie dont j’ai besoin en ce moment dans la vie, donc je vais la garder pour moi et pour ma fille. Quand on s’engage sur un projet de théâtre, il faut envisager que ça se joue un an si ça marche. Je suis condamnée à faire des films ou de la télé, parce que j’ai une fille qui a quinze ans et je veux être à la maison le soir, jusqu’à ce qu’elle vole de ses propres ailes.

Et le cinéma, où vous aviez réalisé « Le Bison (et sa voisine Dorine) » ?

Non, j’ai fait quatre scripts, mais ils n’ont pas été pris, justement parce que ce n’était pas assez comédie. J’aurais bien aimé en refaire un, mais ils n’ont jamais été plus loin que l’écriture.

Propos recueillis par Patrick TARDIT

 

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