Edition du vendredi 20 avril 2018

« Calls », la série sans images

Canal+ a produit un programme très original, « qui s’écoute », et dont un épisode se déroule à Nancy.

La télé, c’est de l’image et du son. La nouvelle série de Canal+ a supprimé l’image, gardé le texte, et surtout le son. Imaginée par Timothée Hochet, jeune (23 ans) réalisateur de courts-métrages sur le web, « Calls » est « la première série qui s’écoute ». Une idée vraiment originale, à l’origine d’un « objet audiovisuel » aussi curieux qu’efficace.

"La première série qui s'écoute".

« La première série qui s’écoute ».

Dix épisodes de dix minutes, diffusés à partir du 15 décembre, à raison de deux épisodes chaque vendredi soir sur Canal+ Décalé ; mais les abonnés peuvent déjà découvrir quelques épisodes sur MyCanal, et les curieux visionner le premier de la série sur internet. Pas d‘images donc, seuls s’affichent sur l’écran le nom ou prénom des personnages qu’on entend, et le texte de ce qu’ils disent, des « enregistrements sonores retrouvés après de tragiques événements », des conversations téléphoniques, sur dictaphone, répondeurs, talkie walkie, la boîte noire d’un Boeing 747, des archives de la Nasa…

Des dialogues, des respirations, des silences, qui suffisent à nous faire comprendre d’abord qui parle à qui, puis de se demander ce qu’il se passe vraiment. Le son seul suffit à créer du suspense, de l’inquiétude, de l’angoisse, de la terreur, et imaginer, tout imaginer, surtout le pire, à la frontière du fantastique, de l’inexplicable, jusqu’à l’apocalypse.

Le premier épisode se déroule en grande partie au téléphone, une simple communication entre une jeune fille à New York et son copain resté à Paris. Le second met en scène quatre plongeurs, disparus depuis, qui découvrent une grotte inconnue, en plein Océan Atlantique en 2026. Et le troisième, dont on aperçoit actuellement des extraits au cinéma dans des pubs, se déroule en 2004 à Nancy.

« Une grande part à l’imagination »

Une certaine Lisa Larcher (qui a la voix de Sara Forestier) y téléphone à Police-Secours, la jeune femme s’inquiète, elle a aperçu une ombre devant chez elle ; lorsque l’inconnu pénètre dans sa maison, elle se réfugie dans la salle de bains, alors que sa fille rentre du Collège de la Craffe ; les policiers sont en route, mais Lisa est enlevée, emportée dans une voiture, on entend un train, l’épisode se termine d’ailleurs quai Claude Le Lorrain, tout près de la voie ferrée.

« Pour moi, les films qui en montrent le moins sont les plus efficaces », estime le réalisateur Timothée Hochet, grand fan de films d’horreur, « J’aime quand une œuvre laisse une grande part à l’imagination, à l’interprétation ». Pour l’interprétation, il a convaincu de nombreux acteurs et actrices français de faire les voix de ses personnages : Marina Foïs, Mathieu Kassovitz, Charlotte Le Bon, Kyan Khojandi, Jérémie Rénier, Gaspard Ulliel, Camille Cottin… Quant à l’imagination, elle galope à son aise dans cette série tellement audio, si peu visuelle, mais qui scotche à l’écran.

Patrick TARDIT

« Calls », à partir du 15 décembre, deux épisodes chaque vendredi soir sur Canal+ Décalé.

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