Edition du samedi 16 décembre 2017

Le film où Johnny était « Jean-Philippe »

« Je suis un homme tout à fait normal », confiait alors l’acteur-rocker. Souvenirs, souvenirs.

 "Jean-Philippe", une comédie sortie en 2006, aussi émouvante que réjouissante

“Jean-Philippe”, une comédie sortie en 2006, aussi émouvante que réjouissante

Un monde sans Johnny, c’est celui dans lequel nous sommes désormais. Ce monde sans lui avait été imaginé dans « Jean-Philippe », un film de Laurent Tuel, d’après un scénario très habile de Christophe Turpin (sorti en avril 2006). Johnny Hallyday y jouait le rôle de Jean-Philippe Smet, un Jean-Philippe Smet resté un banal Jean-Philippe Smet, qui n’était pas devenu l’idole de plusieurs générations. L’enfer pour un des plus grands fans de Johnny, interprété par Fabrice Luchini, téléporté dans une autre dimension, un monde parallèle : un monde sans son idole.

« Et si Johnny n’avait jamais existé », tel était la bonne idée de cette histoire originale, une comédie aussi émouvante que réjouissante, dans laquelle Jean-Philippe Smet est patron d’un bowling de banlieue ( « L’Olympia » !), n’a jamais vendu un seul disque, et fait des maquettes de moto dans sa cave. A sa première apparition dans le film, Johnny n’est qu’un mec qui chantonne dans les toilettes.

« Je n’aime pas le mot icône », nous confiait alors l’acteur-rocker, lors d’un déjeuner au Fouquet’s, avant la sortie du film. « Je ne me considère pas comme quelqu’un de si spécial que ça. Je fais mon métier avec passion, mais je ne me prends pas au sérieux dans la vie, c’est pour ça que ça me plaisait de faire ce rôle et de me foutre un peu de la gueule de Johnny Hallyday », disait-il. Ravi de jouer dans ce « film sur le destin » : « Cela aurait pu se passer totalement différemment pour moi, je crois que ce qui doit arriver arrive, mais en-dehors du destin et de la chance, il faut aussi aider un peu, il faut bosser », estimait le chanteur-comédien.

« Je fais mon métier, qui est d’être Johnny Hallyday »

« Quand je suis en représentation, je fais mon métier, qui est d’être Johnny Hallyday, mais quand je vis chez moi avec ma famille, je suis Jean-Philippe Smet, je suis un homme tout à fait normal », assurait-il, évoquant alors ses fans (« J’ai l’impression d’être quelqu’un de leur famille, il y a ma photo sur la cheminée »), les tournées (« On the road again, j’adore ça. Je suis un enfant de la balle, j’ai toujours été en tournée, j’ai toujours connu ça »), Laura (« Je trouve que ma fille a beaucoup de talent, elle fait des choses audacieuses, on lui donne toujours des rôles compliqués à ma petite »)…

L’occasion d’évoquer aussi ses films préférés : « Détective » (« J’ai adoré tourné avec Godard, je me suis bien entendu avec lui, il était très paternel avec moi »), « Conseil de famille » de Costa-Gavras (« Une comédie pas tout à fait réussie, mais qui était un beau film malgré tout »), « L’homme du train » avec Jean Rochefort (« Patrice Leconte est un homme délicat, qui adore les acteurs, toujours d’une gentillesse extrême, un homme bien élevé, j’aime bien les gens bien élevés ». Et le cinéma, « Je ne veux plus faire des films pour faire des films », disait-il alors, comme ce fut le cas au début de sa carrière de yéyé avec « D’où viens-tu Johnny ? », « Cherchez l’idole » ou « A tout casser ».

Le nom de Johnny figure au générique d’environ 35 films, depuis « Les Diaboliques » de Clouzot, alors qu’il n’avait qu’une douzaine d’années. Jeune homme, il tombe sous le charme de la jeune et jolie Catherine Deneuve dans « Les Parisiennes » de Michel Boisrond. Plus tard, sa gueule, sa gueule de cinéma, quoi, il la montre dans un western de série B, « Le Spécialiste » de Sergio Corbucci, dans « Terminus », un thriller futuriste inspiré de « Mad Max », dans « Pourquoi pas moi ? » de Stéphane Giusti, où il joue un toréador retraité (avec une scène en habit de lumière et collant rose).

« Quand on fait ce métier, on ne sent pas l’âge »

Le rocker est un rocker également dans  « Love me », de la cinéaste nancéienne Laetita Masson, un pied-nickelé dans l’amusant « Wanted » (avec Gérard Depardieu, Harvey Keitel et Renaud). S’il a failli jouer dans « Le Cercle Rouge » de Melville, il obtient sa « Vengeance » en jouant un tueur dans ce polar du cinéaste hongkongais Johnnie To, sélectionné au Festival de Cannes 2009.

Johnny était récemment lui-même, très drôle, dans « Rock’n roll » de Guillaume Canet, et lui-même encore dans son dernier film, « Chacun sa vie », de Claude Lelouch ( qui l’a également dirigé dans « L’aventure c’est l’aventure » et « Salaud, on t’aime ») ; alors que la rock’n roll star subit les désagréments d’un sosie, il prouve sa réelle identité en chantant  « Allumez le feu ! » a capella à un flic joué par Jean Dujardin.

En octobre 1998, il lançait une nouvelle tournée au Dôme à Marseille. Avant qu’il ne monte sur scène, on lui demanda s’il avait pensé un jour arrêter de chanter. « Arrêter, mon dieu, vous voulez me faire mourir ? Le jour où j’arrêterai, je prendrai un bon coup de vieux. Quand on fait ce métier, on ne sent pas l’âge », avait répondu Johnny. Qui était encore sur scène, il y a quatre mois, avec ses copains les Vieilles Canailles Eddy Mitchell et Jacques Dutronc.

Patrick TARDIT

Une seule personne lui manque, Johnny, et tout est dépeuplé pour le fan joué par Fabrice Luchini.

Une seule personne lui manque, Johnny, et tout est dépeuplé pour le fan joué par Fabrice Luchini.

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