Edition du dimanche 19 novembre 2017

La bourgeoise et le voyou

Catherine Deneuve et le rappeur Nekfeu s’affrontent dans « Tout nous sépare », un film de Thierry Klifa.

Thierry Klifa : "C'est la rencontre entre deux univers, deux personnalités".

Thierry Klifa : “C’est la rencontre entre deux univers, deux personnalités”.

D’un côté, des petits caïds de quartier, voyous en galère, joués par le rappeur Nekfeu et Nicolas Duvauchelle. De l’autre, une mère et sa fille, Catherine Deneuve et Diane Kruger (Prix d’interprétation au Festival de Cannes pour « In the fade » de Fatih Akin), bourgeoises et complices. Thierry Klifa (réalisateur de « Le héros de la famille », « Les yeux de sa mère »…) rapproche ces personnages a priori différents dans « Tout nous sépare » (sortie le 8 novembre).

Malgré la lumière du sud de la France, c’est un film sombre, avec une montée progressive d’un drame inéluctable. Le dealer couche avec la fille blessée, le voyou fait chanter la patronne, et tous sont embarqués dans un infernal engrenage. « Une des premières images que j’avais en tête, c’est Catherine avec son fusil », confiait Thierry Klifa, à l’occasion de Ciné-Cool, lors de la présentation de son film à l’UGC Ciné-Cité de Ludres. Interview.

Avec « Tout nous sépare », vous vouliez organiser une confrontation entre deux mondes ?

Thierry Klifa : Oui, c’est la rencontre entre deux univers, deux personnalités qui n’auraient jamais dû se croiser, qui sont mis l’un face à l’autre, et qui vont apprendre à se connaître. J’ai eu ce titre très vite en tête, ça correspond bien à cette histoire, c’est aussi tout ce qui nous rapproche finalement.

Il y avait aussi l’ambition de faire un film de genre, un film de voyous ?

Au départ, quand on a commencé à travailler sur le scénario avec Cédric Anger, il y avait la volonté d’adapter à notre époque actuelle le film noir américain des années cinquante. Et d’écrire pour Catherine Deneuve un personnage d’héroïne un peu comme Barbara Stanwyck, Bette Davis, Joan Crawford, et de confronter une héroïne sortie tout droit des années cinquante à la voyoucratie d’aujourd’hui. On a revu beaucoup de films de Chabrol, Fritz Lang, Hitchcock… qui donnent une direction, des pistes. Par rapport au suspense, on voulait en montrer le moins possible, mais qu’il y ait tout le temps cette tension. En tant que vieux cinéphile, j’aime bien que le film soit référencé, qu’il y ait des clins d’œil à une cinématographie.

Et de cette héroïne, vous en avait fait un « sale type » ?

Oui, c’est ce qui m’intéressait, d’aller au-delà des apparences, et de s’apercevoir que cette femme qui a priori a une vie bien rangée, assez classique, n’est pas quelqu’un qui se laisse faire. Elle essaie de protéger sa fille malgré elle, de la sauver malgré elle, ça provoque des catastrophes, une fille de trente-cinq ans qui vit encore chez sa mère, c’est une relation très particulière. Tous les personnages sont hantés pas la culpabilité.

« Nekfeu n’était pas là pour jouer son propre rôle »

Vous êtes fidèle à vos acteurs, c’est votre troisième collaboration avec Catherine Deneuve et Nicolas Duvauchelle…

J’essaye de creuser à chaque fois, à chaque rencontre, et de leur écrire des rôles éloignés de ce qu’ils ont déjà joué avec moi. J’aime bien cette notion de famille, ça permet d’aller plus loin. Mais ce qui m’intéresse, c’est de mélanger des gens qui ont beaucoup d’expérience avec d’autres qui en ont moins, ça donne une fraîcheur.

D’où le choix de Nekfeu, qui tient son premier rôle dans votre film ?

Quand on a écrit le scénario, on l’a vraiment écrit pour Catherine, Diane, et Nicolas, c’est un plaisir d’écrire pour eux. Et je voulais un inconnu, en tout cas quelqu’un qui n’avait jamais fait de cinéma pour le personnage de Ben. Il se trouve que je suis tombé sur Les Inrocks où il était en couverture, pour un entretien croisé avec Virginie Despentes, je trouvais qu’il avait une gueule très intéressante, je le connaissais comme ça vaguement. On lui avait déjà fait des propositions de cinéma, mais c’était toujours la même chose, des ersatz ce qu’on peut imaginer qu’il est, et il avait toujours décliné. Là, c’était une promesse de cinéma, il n’était pas là pour jouer son propre rôle, on a fait des essais, qui se sont très bien passés, après il a beaucoup travaillé et ça s’est passé royalement.

Propos recueillis par Patrick TARDIT

« Tout nous sépare », un film de Thierry Klifa, avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nicolas Duvauchelle, et Nekfeu (sortie le 8 novembre).

Catherine Deneuve et Nekfeu, la bourgeoise et le voyou.

Catherine Deneuve et Nekfeu, la bourgeoise et le voyou.