Edition du jeudi 23 novembre 2017

« Jalouse » de toutes

Une comédie mélancolique de David et Stéphane Foenkinos, avec Karine Viard.

Stéphane et David Foenkinos ont écrit ce rôle spécialement pour Karine Viard.

Stéphane et David Foenkinos ont écrit ce rôle spécialement pour Karine Viard.

Elle est « Jalouse », jalouse de tout, cette Nathalie jouée par Karine Viard dans le film de David et Stéphane Foenkinos. Elle est même jalouse de sa propre fille, danseuse « belle et merveilleuse » (interprétée par la grâcieuse Dara Tombroff), jalouse de sa nouvelle collègue, jeune et jolie (Anaïs Demoustier), de la nouvelle compagne (Marie-Julie Baup) de son ex-mari (Thibault de Montalembert), de sa meilleure amie (Anne Dorval)… Jalouse de tout le monde en fait, et surtout des femmes plus jeunes qu’elles.

Après une qualité, « La délicatesse », c’est cette fois un défaut, la jalousie, que les frères Foenkinos évoquent à l’écran. « On m’a dit qu’on aurait pu l’appeler l’indélicatesse », confiait David, lors de la présentation du film à l’UGC Ciné-Cité de Ludres, pendant Ciné-Cool. « Evidemment elle est très mal, donc elle ne supporte plus les autres, elle est insupportable, il y a un potentiel comique parce qu’elle peut aller très loin dans la malveillance, mais au bout du compte on est sur un cheminement d’apaisement, cette femme nous touche, à la fin, enfin j’espère », estime l’écrivain-cinéaste.

« Un moment difficile à passer »

Si Nathalie va mal, c’est surtout parce que cette prof divorcée, agacée par tout et tous, « aborde la cinquantaine » ; c’est la peur de se voir vieillir qui rend garce et aigrie cette femme pré-ménauposée, « en transit ». « C’est quelqu’un qui était sûrement bien dans sa peau, belle, qui avait réussi, il y a un moment difficile à passer, et elle le vit d’une manière agressive », dit Stéphane Foenkinos, « Elle est nostalgique d’une époque révolue ».

C’est pour Karin Viard que les frères ont écrit le rôle principal de cette comédie mélancolique : « C’était rêvé, pensé, idéalisé, pour elle », dit Stéphane ; « Sur certaines scènes, on savait qu’il n’y avait qu’elle qui pouvait aller loin comme ça, Karin n’a pas peur de jouer un personnage antipathique, elle n’a pas peur de froisser son image, avec Karin on a été complices à toutes les étapes », ajoute David.

En « Jalouse » frustrée et négative, l’actrice ose effectivement tout : « Ce qui est important, c’est qu’on puisse s’accrocher aux dérapages de cette femme en s’identifiant à elle, même si ce qu’elle fait est épouvantable parfois », estime Stéphane, « Etre odieux avec des gens sympas, c’est encore pire, c’est dur de voir le bonheur des autres». « Elle va au bout de ce mal-être, de cette période où elle ne se contrôle pas vraiment, elle va avoir besoin de s’apaiser, elle se remet quand même en cause », dit David.

«  On fait à peu près tout ensemble »

David l’écrivain et Stéphane le directeur de casting travaillent à deux pour le cinéma, écrivent et réalisent ensemble en toute « complémentarité et simplicité ». « On ne prend pas de pincettes, on se dit les choses, il n’y a pas d’ego. On fait à peu près tout ensemble, c’est beaucoup d’échanges, après c’est un partage des tâches très agréable », dit Stéphane. « Pour les domaines dans lesquels Stéphane va intervenir, j’ai confiance en son jugement et je pense que c’est réciproque, ça facilite les choses », ajoute son frère.

On leur a bien sûr proposé d’adapter « Charlotte », le livre que David a consacré au peintre Charlotte Salomon. « C’est extraordinaire tout ce que j’ai vécu avec ce livre, c’est au-delà de tous mes espoirs, mais je ne me sens pas à la hauteur pour filmer cette histoire. Par contre, j’ai écrit le scénario pour une production anglaise, a priori il va y avoir un grand film international, j’espère un grand réalisateur », dit l’écrivain, qui laisse désormais à d’autres le soin d’adapter ses romans. Jean-Paul Rouve l’a fait avec « Les Souvenirs », et Rémy Bezançon le fera bientôt avec « Le mystère Henri Pick ».

Patrick TARDIT

« Jalouse », un film de David et Stéphane Foenkinos (sortie le 8 novembre).

Nathalie (Karin Viard) va jusqu'à être jalouse de sa propre fille (jouée par Dara Tombroff).

Nathalie (Karin Viard) va jusqu’à être jalouse de sa propre fille (jouée par Dara Tombroff).

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