Edition du jeudi 23 novembre 2017

« Knock » : quoi d’neuf, docteur ?

« Je crois au vivre ensemble », confie Omar Sy, qui incarne le fameux médecin dans le film de Lorraine Lévy.

Aux villageois, le nouveau médecin dit ce qu'ils ont besoin d'entendre.

Aux villageois, le nouveau médecin dit ce qu’ils ont besoin d’entendre.

Dès le générique de « Knock », il est indiqué que le film de Lorraine Lévy  (sortie le 18 octobre) est « librement adapté » de la pièce de Jules Romains, « Knock ou le triomphe de la médecine ». « C’est une nouvelle proposition, le Knock de Jules Romains a été écrit en 1923, et la société a beaucoup évolué, les problématiques se sont déplacées, le dernier film qui a été fait à partir de ce magnifique texte remonte à 1951, il y avait donc de la place, me semblait-il, pour une proposition différente et nouvelle », précisait la réalisatrice, lors de l’avant-première du film à l’UGC Ciné-Cité de Ludres.

Lorraine Lévy a d’ailleurs donné le nom de Jules Romains à la place du village de montagne, Saint-Maurice, où débarque le nouveau docteur, tout juste diplômé de la faculté de Marseille. Elle a confié ce rôle, marqué pour toujours par l’immense Louis Jouvet dans le film de Guy Lefranc, au populaire Omar Sy. Ne faisant de tout le film qu’une seule allusion à sa couleur de peau, le thème du « médecin noir dans un village blanc » ayant été évoqué dans « Bienvenue à Marly-Gomont », film de Julien Rambaldi, avec Marc Zinga.

« Un héros positif »

« En arrivant, Knock l’étranger est le ciment qui va permettre aux villageois de se retrouver, de se rassembler, et de renouer avec le lien social et l’humain, c’était ça aussi qui m’intéressait, modestement, ce n’est pas un film à thèse, c’est une comédie, mais les comédies peuvent exprimer beaucoup plus que ce qu’on imagine. C’était aussi m’interroger sur la place de l’étranger dans la cité, parce qu’aujourd’hui c’est un thème fondamental », estime Lorraine Lévy, qui a fait de Knock « un héros positif ».

Aux habitants de ce village gaulois, ses « clients » (Sabine Azema, Rufus, Hélène Vincent, Ana Girardot, Audrey Dana, Andréa Ferréol, Michel Vuillermoz, Christian Hecq…), le nouveau toubib dit ce qu’ils ont besoin d’entendre ; ils arrivent en bonne santé dans son cabinet, et en ressortent malades, tourneboulés par ce médecin beau parleur en « costard de prince ». Des reproductions des costumes que Cary Grant porte dans « Soupçons » : «  C’était génial, ça aide pour le port de tête. Franchement, c’était très plaisant, et en plus ça m’a vraiment aidé, je m’y croyais comme on dit », confie Omar Sy.

Mais ce docteur miracle qui remplit sa salle d’attente, et la pharmacie, vide l’église du curé pas si charitable, joué par Alex Lutz. « Je préfère dire qu’il est plus malheureux que mauvais », précise le comédien, « Il succombe à la jalousie, parce qu’il voit sa force et son charisme. Après, on n’est que des humains, un peu imparfaits, qui apprennent ensemble à aller vers quelque chose de solaire et de positif, y compris lui. C’est intéressant d’avoir situé le film dans les années 50, parce qu’on est à cheval entre deux mondes, un après-guerre très présent dans les esprits et un avenir possible et différent, qui fait peur parce que le progrès fait peur ».

Une certaine « qualité française »

Ce  « Knock » a ainsi tous les critères d’une certaine « qualité française », de beaux décors, de beaux costumes, une histoire de patrimoine, et un casting trois étoiles jusqu’aux plus petits rôles. Mais quoi d’neuf, docteur ? L’ordonnance a tout d’une médecine très douce, ça ne prend pas, ça n’accroche pas, une question de rythme qui jamais ne s’emballe.

« Je trahis Jules Romains, et paradoxalement j’ai le sentiment de me rapprocher de lui », estime Lorraine Lévy, qui a bien sûr gardé les répliques cultes de « Knock », dont le célébrissime « ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? ». « J’ai réécrit la partition, mais à l’intérieur de cette réécriture globale, je voulais garder les répliques cultes, parce que ce sont des rendez-vous éternels avec le public, il n’était pas question que je m’en prive et que j’en prive le public », dit la réalisatrice, « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore, c’est un aphorisme que Cioran aurait adoré faire ».

Patrick TARDIT

« Knock », un film de Lorraine Lévy avec Omar Sy (sortie le 18 octobre).

Omar Sy : « Soyons positifs »

Omar Sy : "Knock est quelqu'un qui manipule et qui profite d'un certain pouvoir qui est son savoir".

Omar Sy

Omar Sy

« J’ai regardé toutes les saisons d’Urgences, Docteur House et Grey’s Anatomy, pendant des mois et des mois, ça m’a beaucoup aidé », plaisante Omar Sy, pour évoquer sa préparation pour le rôle de Knock. Interview.
Ce film était l’occasion de vous confronter à un classique à la fois du théâtre et du cinéma français ?

Un peu de ça, mais comme pour ma part je ne connaissais pas Knock, c’était aussi donner accès à Jules Romans pour ceux qui ne le connaissent pas, il y a malheureusement des endroits où ce n’est pas accessible, et peut-être aussi ouvrir pour ces jeunes l’accès à quelque chose de nouveau, une nouvelle version, et une nouveauté pour certains, pour qui ce sera une découverte.

L’exemple de Louis Jouvet pouvait faire peur, qu’est-ce qui vous a aidé à vaincre vos complexes ?

Je disais que c’est le Knock qu’il interprète qui fait peur. Après, tout ce qui est de l’ordre du classique, du répertoire, j’avais le sentiment que je n’y avais pas accès, compte-tenu de mon parcours. C’est Lorraine qui m’a convaincu et qui m’a justement bien encadrée, avec tous mes partenaires qui m’ont bien aidé, ils m’ont donné le la.

Tous ces comédiens, pour beaucoup venus du théâtre, vous ont donné l’envie de monter sur scène ?

Complétement. De jouer avec chacun d’entre eux et tous ensemble, il y avait quelque chose d’assez différent de ce que je peux connaître d’habitude. Je suis un acteur qui dépend énormément de mes partenaires, parce que je suis en réaction de ce qu’ils font, et là il y avait quelque chose d’assez nouveau et intéressant que j’aimerais bien approfondir. En tout cas, je suis plus ouvert aujourd’hui à la question.

Qu’est-ce qui préoccupe le plus ce docteur Knock, la santé de ses concitoyens ou son propre portefeuille ?

Là où il est assez doué, c’est qu’il arrive à faire les deux. C’est aussi ce que raconte la pièce, c’est quelqu’un qui manipule et qui profite d’un certain pouvoir qui est son savoir.

Le film se veut positif, mais est-ce qu’il n’y a pas une utopie du vivre ensemble ?

Non, je n’espère pas que c’est une utopie, j’aime justement y croire et le revendiquer. J’ai envie de dire que c’est possible et de l’assumer complètement, pour ma part ce n’est pas une utopie, c’est pour ça que j’y crois, pour ça que je fais partie de ce film, et que je raconte cette histoire. Parce que moi j’y crois au vivre ensemble, c’est carrément possible, c’est justement à force de dire que c’est une utopie qu’on éloigne ça de nous. Mon combat, il est là, ça ne dépend que de nous, et à un moment donné on y arrive.

En diffusant de la bonne humeur, vous avez le sentiment de faire faire des économies à la sécurité sociale ?

Je ne sais pas, je ne me soucie pas de ça, j’essaie juste d’assumer au maximum le côté il faut y aller, c’est beau la vie, soyons positifs. J’essaie d’être un résistant par rapport à ça, et voilà ; après, si ça fait faire des économies, tant mieux. J’essaie juste de continuer ce qui me plait, ce genre de messages-là, ces films-là, ce propos-là m’intéressent énormément.

Vos prochains rôles seront aussi dans le domaine de la comédie ?

Le prochain oui, ce sera la première comédie de Rachid Bouchareb, que j’ai tournée l’été dernier, « Le flic de Belleville » ; ça se passe entre Paris et Miami dans les années 80, avec Franck Gastambide, Julie Ferrier, et l’acteur américain Luis Guzman.

Jamel vous a lancé un appel à la télé pour faire un film ensemble, vous avez un projet ?

Non, il n’y a rien pour l’instant, sinon on l’aurait fait déjà. Il y a une envie qui est là depuis très longtemps, avec Jamel, mais il faut toujours le projet qui va bien d’abord. L’envie a toujours été là et ça finira par se faire.

Propos recueillis par Patrick TARDIT